Il faut vous rendre à l’évidence, l’époque est aux meurtres grossiers et inélégants. Les scènes de tortures, en vogue de nos jours, rendent ce loisir vite caricatural. La lourde redondance de ces descriptions dans la littérature populaire en déprécie l’usage. Mais où est donc passée la belle inventivité et le raffinement d’antan ?
Un crime digne de ce nom doit receler bien des préparatifs dans son modus operandi et une préméditation mûrement réfléchie. Faire coïncider cible, moyen,contexte et fausses pistes à distiller exigent beaucoup de méthode et de temps. En effet, l’ajustement de l’arme au caractère ou à l’emploi du temps de la victime est capital (à l’opposé de votre peine, qui ne doit pas l’être).
L’activité de meurtrier prend toute sa dimension lors de la deuxième phase de l’opération ; la confrontation avec la Police. Vous n’avez aucune raison de perdre votre superbe à ce moment, il faut savoir argumenter et convaincre votre auditoire, aussi bourru est-il, avec une élégance affichée et un flegme altier. La carte de la fausse simplicité est souvent gagnante en cette circonstance. Ainsi exprimez-vous en écarquillant légèrement les yeux et en montrant vos paumes largement ouvertes, pour feindre la plus parfaite franchise. Ainsi, l’alibi forgé par votre aplomb déconcertant et relayé par de faux témoignages ne fera aucun doute parmi les fonctionnaires de police. Le meurtre est décidément un sport intense.

Hélas oui, la poésie et le raffinement ont été occis par les trépidations et les grossièretés de la vie contemporaine…