Vous preniez le frais hier soir sur votre balcon, finissant d’admirer le jardin éclairé par l’astre lunaire. Une légère brise venait animer votre déshabillé vaporeux ainsi que les feuillages du parc, lorsque vous avez cru apercevoir une ombre. Une nuée de chauve-souris, résidentes permanentes dans le grenier du château, était sans doute responsable de ce mirage, avez vous pensé en votre fort intérieur. Frissonnante, vous vous apprêtiez à rentrer dans votre chambre lorsque les douze coups de minuit résonnèrent du clocher voisin.
A ce moment, l’ombre volante que vous aviez entraperçu un instant auparavant, vous ôta définitivement tout doute sur son propriétaire : il ne s’agissait pas des chauves souris, mais plutôt d’une seule, très grande, effrayante par la masse noire et opaque qu’elle reflétait dans votre fenêtre ogivale. Refermant l’huis et l’épaisse tenture de velours vert à la volée, vous avez passé en revue ce qui pouvait être à l’origine d’un tel phénomène : les fantômes étaient ce soir tous au manoir, ce ne pouvait pas être non plus un nuage, le temps était au beau. Le mystère s’épaississait à mesure que la chair de poule s’installait sur vos bras. Prenant votre courage à deux mains, agrippant un lourd chandelier sculpté en guise d’arme élégante (on ne se refait pas), vous avez jeté un oeil à travers les carreaux : plus rien à l’horizon, tout était calme. La menace avait disparue.
Ou plutôt, pas complètement ; il y avait une carte de visite attachée à une rose fanée, ainsi qu’un petit paquet bien ficelé. Saisissant la carte, une très belle écriture indiquait : « Avec les plus respectueuses salutations de Sir Niklaa Von Kronberg, dernier Nosferatu en exercice. Acceptez, s’il vous plait, ces modestes présents en gage de mon affection sincère et profonde. »
Un vampire. Vous voici dans de beaux linceuls…


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