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Recueil et recueillement
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Vous voici enfin dans votre bibliothèque, assise confortablement dans votre fauteuil Louis XV en velours vert. Le livre, dans son édition originale de 1883, trônait là ; sur la petite table de lecture. D’un geste impatient, vous allumez votre lampe de travail et caressez le précieux ouvrage, dans le secret de la pièce feutrée.
Cet livre, « les Névroses » de Maurice Rollinat est parmi les meilleurs recueils de poésie maudite dont vous avez connaissance. Malheureusement peu célèbre, l’auteur est tombé dans l’oubli, au contraire de certains de ses contemporains, tels Verlaine ou Baudelaire, qui connurent la postérité. Proche de l’univers d’Edgar Poe, on y retrouve les mêmes références fantastiques, inquiétantes, peuplées de spectres et autres diableries.
Le rituel est désormais immuable. Tous les soirs, à 20 heures précises, vous ouvrez la porte de votre bibliothèque, seulement animée des battements de l’horloge. Tous les fantômes du manoir sont déjà là, attendant solennellement la lecture d’un poème de ce recueil, leurs yeux éteints fixés sur vous. Se demandant lequel va être choisi et lu ce soir, les rumeurs enflent dans la pièce, semblable à un souffle de vent. Pendant la lecture, les spectres s’en imprègnent gravement, comme pour se donner ensuite du cœur à l’ouvrage, lors de leurs prochaines hantises.
La bibliothèque
Elle faisait songer aux très vieilles forêts.
Treize lampes de fer, oblongues et spectrales,
Y versaient jour et nuit leurs clartés sépulcrales
Sur ses livres fanés pleins d’ombre et de secrets.
Je frissonnais toujours lorsque j’y pénétrais :
Je m’y sentais, parmi des brumes et des râles,
Attiré par les bras de treize fauteuils pâles
Et scrutés par les yeux des treize grands portraits.
Un soir, minuit tombant, par sa haute fenêtre
Je regardais au loin flotter et disparaître
Le farfadet qui danse au bord des casse-cous,
Quand ma raison trembla brusquement interdite :
La pendule venait de sonner treize coups
Dans le silence affreux de la chambre maudite.
Votre mission accomplie, comme un curé ayant dit sa messe, la troupe se disperse à petits pas, satisfaite et se fixant silencieusement rendez-vous pour le lendemain soir. C’est curieux, vous avez la très nette impression de vivre dans ce poème…
Écrit le: mars 10th, 2009 dans Littérature.
Tags: baudelaire, bibliothèque, diablerie, edgar allan poe, fantastique, fantômes, maurice rollinat, poème, poète maudit, spectres, verlaine
